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Curieux et stylé
Wild Flag
“Wild Flag” Wichita/PIAS
Carrie Brownstein, l’ancienne chanteuse-guitariste de Sleater-Kinney fait feu de toutes parts. Les geeks qui ont de l’humour se régalent déjà de la deuxième saison de “Portlandia”, série à sketches dans laquelle Brownstein et Fred Armisen (ancien du Saturday Night Live) se payent la fiole de tous les musiciens, hippies, bobos, écolos, disquaires, cyclistes piercés et autres cas sociaux contre-culturels de Portland. A en croire la série, la ville de l’Oregon serait un pendant cool et progressiste à la voisine Seattle. Révélation comique et star locale, Brownstein demeure également l’une des musiciennes les plus singulières du rock indie américain. Avec Wild Flag — le nom est une référence délibérée au “Pink Flag” de Wire — la pétroleuse connaît un brillant regain de créativité. Le casting de son nouveau bolide est parfait et entièrement féminin : la brillante batteuse Janet Weiss retrouve Brownstein après une pige prolongée chez les Jicks de Stephen Malkmus. On recense aussi la présence d’une bassiste/ organiste aventurière (Rebecca Cole) et de Mary Timony (ex-Helium) à la guitare et au chant. Le résultat ? Une formidable auberge espagnole où punk, pop et garage ont droit de cité. Dès le premier titre, “Romance”, l’affaire part en ruade furibarde mais inventive. Brownstein demeure une guitariste très particulière avec ses finger-pickings électriques rageurs et précis. Instantanément, ses acolytes se mettent au niveau et abondent en riffs géométriques, motifs stridents. A l’époque, Sleater-Kinney aurait plié l’affaire en deux coups de cuiller à pot avec un arrangement fruste et une production à la diable. Wild Flag a la bonne idée de soigner plus avant son ouvrage, avec des chœurs superbes, des trouvailles inattendues à la Pixies, des interventions de claviers saturés et un niveau d’exécution brillant. Tout le monde chante, mais c’est Brownstein qu’on distingue, avec ses capacités pulmonaires exaltées, à la limite du lyrique mais définitivement punk. Sur ces quarante minutes d’énergie contenue, quelques passages hors-classe surnagent. “Electric Band” avec son riff rustaud finit par muer en grande cavalcade mélodique bizarroïde. L’épique “Racehorse” part dans une bataille rangée mêlant guitares tranchantes, orgue saturé et petits cris. Les amoureux d’Electrelane et L7 apprécieront. Le style Wild Flag, en fait, est tout à fait curieux car à cheval sur plusieurs décennies : l’énergie garage sixties côtoie des solos seventies, un sens de l’économie typique de l’après-punk et quelques rogatons de dynamique grunge... “Glass Tambourine” est sans doute la démonstration la plus probante. En cinq superbes minutes, la chanson, un mini-“A Quick One”, mélange heavy rock, passage girl group et délires bruyants. Ce qui qualifie le mieux ce disque ? Peut-être la densité de bonne idées à la minute, ahurissante, quand bien même aucun tube ne surnage (l’enregistrement naturaliste et brut de Chris Woodhouse y est certainement pour quelque chose). Sleater-Kinney était un grand groupe de filles des années 90. Culte, mais aride. Voici enfin sa version Technicolor.
Basile Farkas

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